Bienvenue à toutes et à tous sur ce site renfermant des articles touchant à des thèmes variés
  • Accueil
  • > SITES
  • > DJEMÂA-SAHARIDJ / Ce village aux quatre-vingt-dix-neuf sources que recèle la Kabylie du Djurdjura

DJEMÂA-SAHARIDJ / Ce village aux quatre-vingt-dix-neuf sources que recèle la Kabylie du Djurdjura

Djemâa-Saharidj est, à plus d’un titre, un centre considérablement important. Important, d’abord, par son étendue et sa configuration : il groupe plusieurs hameaux disséminés dans la verdure des jardins et suffisamment rapprochés pour former un tout homogène. Important, encore, par son ancienneté : il est bâti sur les ruines de l’antique Bida des Romains. Important, il l’est, enfin et surtout, pour la place qu’on lui attribue dans l’histoire de la Kabylie au cours des siècles passés. 

DJEMÂA-SAHARIDJ / Ce village aux quatre-vingt-dix-neuf sources que recèle la Kabylie du Djurdjura dans SITES fiouan3-150x112

Une partie du mont Fiouan, paraissant au fond de cette portion d'agglomération qu'est Djemâa-Saharidj

C’est au pied de l’escarpement de Fiouan, le « Rocher aux corbeaux« , que Djemâa-Saharidj s’étale, avec indolence, au milieu d’arbres fruitiers de toute sorte que fertilisent de nombreuses sources lesquelles, jadis, il y en aurait eu quatre-vingt-dix-neuf. Si ce nombre parait quelque peu exagéré pour qu’il soit admis, il faut reconnaitre que c’est sous cet angle d’abondance d’eau que ce coin du Djurdjura fut béni parmi tant dans cette Berbérie plus connue sous le nom d’Afrique du Nord. Et les Romains, frappés par cette particularité, sautèrent sur le site pour en faire une ville devant jouer, en leur faveur, le rôle de fief. Un périmètre auquel il donneront le nom de Bida Municipium.

Djemâa-Saharidj conserva longtemps son cachet citadin à telle enseigne qu’on soignait sa tenue vestimentaire pour se rendre à son marché.

Y. Marmol, dans sa Description générale de l’Afrique, en 1573, a écrit : « Situé sur une pente de montagne, Djemâa-Saharidj est un village de cinq-cents feux, partagé en plusieurs quartiers, dans lequel se tient un grand marché le vendredi ».

tala-mezziyen2-150x112 L'antique Bida Municipium dans SITES

Fontaine dite "Tala Mezziyen", aprés sa rénovation

Ce marché se tenait sur une grande place, au sein de laquelle existe une fontaine dotée d’un grand bassin, servant d’ailleurs d’abreuvoir au bétail, et dite « Tala Mezziyen » (littéralement : La Petite Fontaine).

C’est de là qu’aurait découlé ce nom « Ldjemâa n Ssaridj » (Djemâa-Saharidj), donné au village et pouvant être interprété comme ceci : Le Vendredi (marché) du bassin.

Un marché qui finira par disparaitre puisque déplacé au centre voisin qu’est Mekla et cette place qui prendra désormais pour nom « Ssuq Aqdim (Le Vieux Marché).

L’autre particularité relative à Djemâa-Saharidj réside dans ces quartiers qui, bien que séparés, ne sont pas pour autant éloignés les uns des autres pour que l’unité topographique s’en détériore. Le village compte quatre quartiers principaux : El-Mahser, Madel, Tadekkart et Helaoua. Les deux premiers sont contigus. Quant aux deux autres, bien que séparés des premiers, ils le sont également entre eux et ces espaces qui en découlent font office de vergers et de jardins potagers qui verdoient aux quatre saisons.

Le colonel Robin, dans son Insurrection de la Grande Kabylie, en 1871, a écrit : « Djemâa-Saharidj, la Bida Colonia des Romains, est une grosse bourgade de 2.250 habitants, d’un charmant aspect, située au pied de montagnes abruptes. Des sources abondantes y coulent de toutes parts et arrosent de nombreux jardins d’une végétation luxuriante. C’est un fouillis d’oliviers, de figuiers, de pruniers, d’arbres fruitiers de toutes sortes, coupé par des haies de cactus ou d’autres clôtures.« 

img005-107x150

Mosquée dite de "Tala Moqren", photo prise en 1889

Cette description serait incomplète si l’on ne mentionnait pas les activités intellectuelles et artistiques du village.

L’activité intellectuelle a gravité longtemps autour de deux écoles coraniques, naguère encore réputées et fréquentées notamment par des étrangers à la région. Dans l’une, celle de Sidi Sahnoun, on enseignait la théologie ; dans l’autre, celle de Tala Meqren, on dispensait l’enseignement du droit musulman. Cette dernière aurait été, dit-on, édifiée par les Anges ; on rapporte, dans ce sens, que les ouvriers travaillaient à la chaux le jour et, la nuit tombée, les Anges les relayaient pour faire de cette substance un matériau pouvant être qualifié de ciment. D’où la formule encore employée dans les serments : A heq Ldjamaâ n Tala Meqren yerran ldjir d ssiman ! (Par la Mosquée de Tala Moqren qui transforma la chaux en ciment !).

photo-024-101x150

Le poète L'hadj Arezki Ouhouach, photo prise en novembre 1916

Concernant l’activité artistique, plusieurs poètes apparurent à partir de la deuxième moitié du 19e siècle et, parmi ceux-ci, le doyen L’hadj Arezki Ouhouach, né en 1838 et décédé en août 1927. Pour ceux qui le rejoignirent par la suite, citons : Hand Oukhebbouch, né en 1855 et décédé le 2 février 1943 ; Si L’Hocine n Charfa, né en 1867 (sa date de décès n’a pas été retrouvée) ; Meziane Ouahmadouch, né en 1873 (date de décès non retrouvée) ; Si L’hadj Mohand Saïd Ourahmoun (dates de naissance et de décès non retrouvées) et Si L’Hocine Oussahnoun (dates de naissance et de décès par retrouvées non plus).   

Ne clôturons pas cet article sans ajouter ces considérables témoignages que nous livrent successivement Jaques Martin et Maxime Picard, deux personnes étrangères à la région, qui ont connu l’antique Bida Municipium pour y avoir vécu dans le patelin.

Pour le premier, Jacques Martin, un missionnaire, dans Djemâa-Saharidj au cours des siècles, du Fichier de documentation berbère, rendu public en 1971, il a été relevé ces trois points importants :

« Djemâa-Saharidj est la patrie du cheikh Muâti Al Zawawi (1168 – 1231), un grammairien de la langue arabe, émigré à Damas puis au Caire, auteur d’un poème de mille vers sur la grammaire arabe« .

« Il y a peu d’années encore, on pouvait voir sur la place de Djemâa-Saharidj, au pied d’un énorme frêne plus que centenaire, deux grosses pierres romaines, l’une sur l’autre mais non cimentées. Elles ne portaient aucune inscription et, cependant, elles étaient là debout comme pour témoigner d’un évènement passé. Elles commémoraient, en effet, la décision prise par l’assemblée des marabouts de la confédération des Aït-Iraten, qui se tint vers 1737…« .                                                     

« Les habitants de Djemâa-Saharidj sont connus pour leur affabilité, leurs manières polies, civilisées…« .

Quant à Maxime Picard, cet ancien instituteur ayant exercé à l’école primaire de garçons de Djemâa-Saharidj avant de se voir nommé à la tête de cette même structure et prendre, peu après, la direction du CET (Collège d’enseignement technique), quelque chose qu’il initia lui même en remplacement du CCEP (Cours complémentaire d’enseignement professionnel) qui existait auparavant, dans Chez moi en Kabylie, cet ouvrage autobiographique qu’il a publié en 2006, a écrit ceci en page 18 : « (…) Je fus très agréablement surpris quand, au cours des vacances d’été, je reçus mon affectation dans une école importante que je n’avais même pas osé inscrire sur ma liste (…) et qui était située dans un gros village kabyle d’environ cinq mille habitants : Djemâa-Saharidj« .

Plus loin, aux pages 19 et 20, il a parlé de sa visite relative à cette même école où on l’a affecté ; ce fut, pour ainsi dire, une exploration des lieux avant qu’il ne rejoigne son poste de travail et, pour la circonstance, ce sera un ami à lui qui l’y amènera à l’aide de sa 2CV, cette bagnole de marque Citroën, très prisée dans le temps pour sa suspension parfaite et son économie de carburant même si, néanmoins, le véhicule n’est pas du tout un champion de la vitesse comparativement à certaines autres autos de l’époque ; ladite visite, pour revenir à elle, eut lieu en date du 25 septembre de l’année 1955 (la rentrée des classes, à l’époque, se faisait le 1er octobre et non pas dans le courant du mois de septembre comme c’est le cas de nos jours) ; il a narré ce voyage de début d’automne, en direction de cette Kabylie du Djurdjura où il vécut treize années consécutives (onze à Djemâa-Saharidj, de 1955 à 1966 et deux à Tizi-Ouzou, de 1966 à 1968, où il prendra la direction du CNET avant qu’il ne quitte définitivement l’Algérie) et a décrit la dernière étape du périple comme ceci : « (…) Nous primes la direction d’Azazga et bifurquâmes à la pancarte indiquant : Mekla – Djemâa-Saharidj. À partir de là, sans savoir pourquoi, je me sentis en pays connu. La route montait entre les champs, les oliviers, les orangers, les figuiers, les eucalyptus ; toute cette nature, cette végétation, auxquelles je n’étais pourtant pas habitué, me semblaient familières, (…). Nous traversâmes Mekla, petit village mais centre administratif de la commune mixte, puis arrivâmes au but« .

Plus loin encore, à la page 23, il a décrit sommairement la partie centrale de ce village qu’est l’antique Bida Municipium ; voici ses propos : « Les magasins n’avaient rien de comparable à ceux auxquels j’étais pourtant habitué : installés au rez-de- chaussée d’une maison, ils occupaient une simple pièce ouvrant sur la rue, sans aucune devanture, parfois même sans fenêtre. La rue principale, prolongement de la route départementale, se terminait en cul-de-sac sur la place du village, la « djemâa », entourée de bancs de pierre sur lesquels les vieux du village se regroupaient« .

À la même page 23, il a parlé un peu plus loin de l’arrivée de sa femme et de sa fille… Venus (à trois) d’Alger, en bus, et lorsqu’ils traversèrent la partie centrale de ce village qu’est Djemâa-Saharidj, ils leur fit une description du même site mais plus restreinte que celle qui précède ; il a écrit ceci : « L’avant-veille de la rentrée, j’allai à Alger attendre le bateau qui amenait ma femme et ma fille. (…) Nous prîmes le car pour Djemâa-Saharidj. Traversant le village, je fis les commentaires : « Vous voyez, ici c’est la poste, là l’épicerie, voilà le marchand de légumes, à côté le coiffeur et en face le café maure« . À l’air étonné de mes interlocutrices, je compris qu’elle se demandaient si je ne me moquais pas d’elles (comment concevoir un magasin sans une vitrine dans laquelle s’exposent les produits ?)… Dans les jours qui suivirent, elles apprirent à connaitre le village et s’y trouvèrent bien« .

Dans une missive, datée du 12 mars 2008, qu’il a adressée en réponse à une épître d’un ancien élève, originaire de Djemâa-Saharidj, lequel a fréquenté l’école primaire et le collège technique (CET) dont Maxime Picard assurait la direction, ce dernier s’est exprimé ainsi dans un passage de sa correspondance : « Chaque fois que l’un de vous m’écrit, je me retrouve dans ce village de Kabylie où j’ai connu de si grandes satisfactions professionnelles et humaines. La gratitude que vous manifestez envers vos enseignants me touche énormément. Mais cette gratitude est réciproque car vous avez tous montré non seulement votre désir d’apprendre et de réussir mais aussi votre respect envers ceux qui s’efforçaient de vous transmettre leur savoir. Quant aux Kabyles et, en particulier les Saharidjiens, ils m’ont marqué à un point que je les considère comme étant de ma famille« .

photo-609-112x150

Ruines d'un mur romain au lieudit Taqsebt à Djemâa-Saharidj

En guise de conclusion, disons que, de prime abord, il n’y a quasiment rien d’apparent à Djemâa-Saharidj en ce qui concerne cette époque liée à l’occupation romaine mais, si des fouilles venaient à s’effectuer, il est sûr voire certain que l’on pourrait être confronté à pas mal d’heureuses surprises.

Par ailleurs, est-ce que Bida aurait un lien avec ce jardin sis non loin de Djemâa-Saharidj et dit « Tibhirt n Iboudah » (Le Jardin des Iboudah) ?

Et ces Ibidah (l’état civil scinde cette grande famille en trois et donne pour patronyme : Bidi, Hallil et Yebda. Ce pendant que dans le langage kabyle nulle distinction n’existe, tous sont des Ibidah), une famille qui existe encore à Taourirt-Adène, un patelin de la tribu d’Ath-Fraoussen, seraient-ils liés à Bida ?

Tout ceci demeure énigmatique depuis des lustres. Il appartient, alors, aux spécialistes en onomastique, archéologie et anthropologie de s’en mêler pour faire toute la lumière sur ces situations ambiguës.

———-=====oOo=====———-

19 avril, 2013 à 17:11


Laisser un commentaire