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DJEMÂA-SAHARIDJ / Ce village aux quatre-vingt-dix-neuf sources que recèle la Kabylie du Djurdjura

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Djemâa-Saharidj est, à plus d’un titre, un centre considérablement important. Important, d’abord, par son étendue et sa configuration : il groupe plusieurs hameaux disséminés dans la verdure des jardins et suffisamment rapprochés pour former un tout homogène. Important, encore, par son ancienneté : il est bâti sur les ruines de l’antique Bida des Romains. Important, il l’est, enfin et surtout, pour la place qu’on lui attribue dans l’histoire de la Kabylie au cours des siècles passés. 

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Une partie du mont Fiouan, paraissant au fond de cette portion d'agglomération qu'est Djemâa-Saharidj

C’est au pied de l’escarpement de Fiouan, le « Rocher aux corbeaux« , que Djemâa-Saharidj s’étale, avec indolence, au milieu d’arbres fruitiers de toute sorte que fertilisent de nombreuses sources lesquelles, jadis, il y en aurait eu quatre-vingt-dix-neuf. Si ce nombre parait quelque peu exagéré pour qu’il soit admis, il faut reconnaitre que c’est sous cet angle d’abondance d’eau que ce coin du Djurdjura fut béni parmi tant dans cette Berbérie plus connue sous le nom d’Afrique du Nord. Et les Romains, frappés par cette particularité, sautèrent sur le site pour en faire une ville devant jouer, en leur faveur, le rôle de fief. Un périmètre auquel il donneront le nom de Bida Municipium.

Djemâa-Saharidj conserva longtemps son cachet citadin à telle enseigne qu’on soignait sa tenue vestimentaire pour se rendre à son marché.

Y. Marmol, dans sa Description générale de l’Afrique, en 1573, a écrit : « Situé sur une pente de montagne, Djemâa-Saharidj est un village de cinq-cents feux, partagé en plusieurs quartiers, dans lequel se tient un grand marché le vendredi ».

tala-mezziyen2-150x112 L'antique Bida Municipium dans SITES

Fontaine dite "Tala Mezziyen", aprés sa rénovation

Ce marché se tenait sur une grande place, au sein de laquelle existe une fontaine dotée d’un grand bassin, servant d’ailleurs d’abreuvoir au bétail, et dite « Tala Mezziyen » (littéralement : La Petite Fontaine).

C’est de là qu’aurait découlé ce nom « Ldjemâa n Ssaridj » (Djemâa-Saharidj), donné au village et pouvant être interprété comme ceci : Le Vendredi (marché) du bassin.

Un marché qui finira par disparaitre puisque déplacé au centre voisin qu’est Mekla et cette place qui prendra désormais pour nom « Ssuq Aqdim (Le Vieux Marché).

L’autre particularité relative à Djemâa-Saharidj réside dans ces quartiers qui, bien que séparés, ne sont pas pour autant éloignés les uns des autres pour que l’unité topographique s’en détériore. Le village compte quatre quartiers principaux : El-Mahser, Madel, Tadekkart et Helaoua. Les deux premiers sont contigus. Quant aux deux autres, bien que séparés des premiers, ils le sont également entre eux et ces espaces qui en découlent font office de vergers et de jardins potagers qui verdoient aux quatre saisons.

Le colonel Robin, dans son Insurrection de la Grande Kabylie, en 1871, a écrit : « Djemâa-Saharidj, la Bida Colonia des Romains, est une grosse bourgade de 2.250 habitants, d’un charmant aspect, située au pied de montagnes abruptes. Des sources abondantes y coulent de toutes parts et arrosent de nombreux jardins d’une végétation luxuriante. C’est un fouillis d’oliviers, de figuiers, de pruniers, d’arbres fruitiers de toutes sortes, coupé par des haies de cactus ou d’autres clôtures.« 

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Mosquée dite de "Tala Moqren", photo prise en 1889

Cette description serait incomplète si l’on ne mentionnait pas les activités intellectuelles et artistiques du village.

L’activité intellectuelle a gravité longtemps autour de deux écoles coraniques, naguère encore réputées et fréquentées notamment par des étrangers à la région. Dans l’une, celle de Sidi Sahnoun, on enseignait la théologie ; dans l’autre, celle de Tala Meqren, on dispensait l’enseignement du droit musulman. Cette dernière aurait été, dit-on, édifiée par les Anges ; on rapporte, dans ce sens, que les ouvriers travaillaient à la chaux le jour et, la nuit tombée, les Anges les relayaient pour faire de cette substance un matériau pouvant être qualifié de ciment. D’où la formule encore employée dans les serments : A heq Ldjamaâ n Tala Meqren yerran ldjir d ssiman ! (Par la Mosquée de Tala Moqren qui transforma la chaux en ciment !).

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Le poète L'hadj Arezki Ouhouach, photo prise en novembre 1916

Concernant l’activité artistique, plusieurs poètes apparurent à partir de la deuxième moitié du 19e siècle et, parmi ceux-ci, le doyen L’hadj Arezki Ouhouach, né en 1838 et décédé en août 1927. Pour ceux qui le rejoignirent par la suite, citons : Hand Oukhebbouch, né en 1855 et décédé le 2 février 1943 ; Si L’Hocine n Charfa, né en 1867 (sa date de décès n’a pas été retrouvée) ; Meziane Ouahmadouch, né en 1873 (date de décès non retrouvée) ; Si L’hadj Mohand Saïd Ourahmoun (dates de naissance et de décès non retrouvées) et Si L’Hocine Oussahnoun (dates de naissance et de décès par retrouvées non plus).   

Ne clôturons pas cet article sans ajouter ces considérables témoignages que nous livrent successivement Jaques Martin et Maxime Picard, deux personnes étrangères à la région, qui ont connu l’antique Bida Municipium pour y avoir vécu dans le patelin.

Pour le premier, Jacques Martin, un missionnaire, dans Djemâa-Saharidj au cours des siècles, du Fichier de documentation berbère, rendu public en 1971, il a été relevé ces trois points importants :

« Djemâa-Saharidj est la patrie du cheikh Muâti Al Zawawi (1168 – 1231), un grammairien de la langue arabe, émigré à Damas puis au Caire, auteur d’un poème de mille vers sur la grammaire arabe« .

« Il y a peu d’années encore, on pouvait voir sur la place de Djemâa-Saharidj, au pied d’un énorme frêne plus que centenaire, deux grosses pierres romaines, l’une sur l’autre mais non cimentées. Elles ne portaient aucune inscription et, cependant, elles étaient là debout comme pour témoigner d’un évènement passé. Elles commémoraient, en effet, la décision prise par l’assemblée des marabouts de la confédération des Aït-Iraten, qui se tint vers 1737…« .                                                     

« Les habitants de Djemâa-Saharidj sont connus pour leur affabilité, leurs manières polies, civilisées…« .

Quant à Maxime Picard, cet ancien instituteur ayant exercé à l’école primaire de garçons de Djemâa-Saharidj avant de se voir nommé à la tête de cette même structure et prendre, peu après, la direction du CET (Collège d’enseignement technique), quelque chose qu’il initia lui même en remplacement du CCEP (Cours complémentaire d’enseignement professionnel) qui existait auparavant, dans Chez moi en Kabylie, cet ouvrage autobiographique qu’il a publié en 2006, a écrit ceci en page 18 : « (…) Je fus très agréablement surpris quand, au cours des vacances d’été, je reçus mon affectation dans une école importante que je n’avais même pas osé inscrire sur ma liste (…) et qui était située dans un gros village kabyle d’environ cinq mille habitants : Djemâa-Saharidj« .

Plus loin, aux pages 19 et 20, il a parlé de sa visite relative à cette même école où on l’a affecté ; ce fut, pour ainsi dire, une exploration des lieux avant qu’il ne rejoigne son poste de travail et, pour la circonstance, ce sera un ami à lui qui l’y amènera à l’aide de sa 2CV, cette bagnole de marque Citroën, très prisée dans le temps pour sa suspension parfaite et son économie de carburant même si, néanmoins, le véhicule n’est pas du tout un champion de la vitesse comparativement à certaines autres autos de l’époque ; ladite visite, pour revenir à elle, eut lieu en date du 25 septembre de l’année 1955 (la rentrée des classes, à l’époque, se faisait le 1er octobre et non pas dans le courant du mois de septembre comme c’est le cas de nos jours) ; il a narré ce voyage de début d’automne, en direction de cette Kabylie du Djurdjura où il vécut treize années consécutives (onze à Djemâa-Saharidj, de 1955 à 1966 et deux à Tizi-Ouzou, de 1966 à 1968, où il prendra la direction du CNET avant qu’il ne quitte définitivement l’Algérie) et a décrit la dernière étape du périple comme ceci : « (…) Nous primes la direction d’Azazga et bifurquâmes à la pancarte indiquant : Mekla – Djemâa-Saharidj. À partir de là, sans savoir pourquoi, je me sentis en pays connu. La route montait entre les champs, les oliviers, les orangers, les figuiers, les eucalyptus ; toute cette nature, cette végétation, auxquelles je n’étais pourtant pas habitué, me semblaient familières, (…). Nous traversâmes Mekla, petit village mais centre administratif de la commune mixte, puis arrivâmes au but« .

Plus loin encore, à la page 23, il a décrit sommairement la partie centrale de ce village qu’est l’antique Bida Municipium ; voici ses propos : « Les magasins n’avaient rien de comparable à ceux auxquels j’étais pourtant habitué : installés au rez-de- chaussée d’une maison, ils occupaient une simple pièce ouvrant sur la rue, sans aucune devanture, parfois même sans fenêtre. La rue principale, prolongement de la route départementale, se terminait en cul-de-sac sur la place du village, la « djemâa », entourée de bancs de pierre sur lesquels les vieux du village se regroupaient« .

À la même page 23, il a parlé un peu plus loin de l’arrivée de sa femme et de sa fille… Venus (à trois) d’Alger, en bus, et lorsqu’ils traversèrent la partie centrale de ce village qu’est Djemâa-Saharidj, ils leur fit une description du même site mais plus restreinte que celle qui précède ; il a écrit ceci : « L’avant-veille de la rentrée, j’allai à Alger attendre le bateau qui amenait ma femme et ma fille. (…) Nous prîmes le car pour Djemâa-Saharidj. Traversant le village, je fis les commentaires : « Vous voyez, ici c’est la poste, là l’épicerie, voilà le marchand de légumes, à côté le coiffeur et en face le café maure« . À l’air étonné de mes interlocutrices, je compris qu’elle se demandaient si je ne me moquais pas d’elles (comment concevoir un magasin sans une vitrine dans laquelle s’exposent les produits ?)… Dans les jours qui suivirent, elles apprirent à connaitre le village et s’y trouvèrent bien« .

Dans une missive, datée du 12 mars 2008, qu’il a adressée en réponse à une épître d’un ancien élève, originaire de Djemâa-Saharidj, lequel a fréquenté l’école primaire et le collège technique (CET) dont Maxime Picard assurait la direction, ce dernier s’est exprimé ainsi dans un passage de sa correspondance : « Chaque fois que l’un de vous m’écrit, je me retrouve dans ce village de Kabylie où j’ai connu de si grandes satisfactions professionnelles et humaines. La gratitude que vous manifestez envers vos enseignants me touche énormément. Mais cette gratitude est réciproque car vous avez tous montré non seulement votre désir d’apprendre et de réussir mais aussi votre respect envers ceux qui s’efforçaient de vous transmettre leur savoir. Quant aux Kabyles et, en particulier les Saharidjiens, ils m’ont marqué à un point que je les considère comme étant de ma famille« .

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Ruines d'un mur romain au lieudit Taqsebt à Djemâa-Saharidj

En guise de conclusion, disons que, de prime abord, il n’y a quasiment rien d’apparent à Djemâa-Saharidj en ce qui concerne cette époque liée à l’occupation romaine mais, si des fouilles venaient à s’effectuer, il est sûr voire certain que l’on pourrait être confronté à pas mal d’heureuses surprises.

Par ailleurs, est-ce que Bida aurait un lien avec ce jardin sis non loin de Djemâa-Saharidj et dit « Tibhirt n Iboudah » (Le Jardin des Iboudah) ?

Et ces Ibidah (l’état civil scinde cette grande famille en trois et donne pour patronyme : Bidi, Hallil et Yebda. Ce pendant que dans le langage kabyle nulle distinction n’existe, tous sont des Ibidah), une famille qui existe encore à Taourirt-Adène, un patelin de la tribu d’Ath-Fraoussen, seraient-ils liés à Bida ?

Tout ceci demeure énigmatique depuis des lustres. Il appartient, alors, aux spécialistes en onomastique, archéologie et anthropologie de s’en mêler pour faire toute la lumière sur ces situations ambiguës.

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ATH-FRAOUSSEN / Cet énième site panoramique de la Kabylie du Djurdjura

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Dans son Histoire des Berbères, Ibn-Khaldoun, évoquant les Zouaoua qui, dit-il « habitent au milieu de précipices formés par des montagnes tellement élevées que la vue en est éblouie et tellement boisées qu’un voyageur ne saurait trouver son chemin.« , fait allusion aux deux tribus limitrophes que sont Ath-Fraoussen et Ath-Yirathen. Dans un autre volet de son ouvrage, il désigne distinctement sa cible et décrit l’endroit comme ceci : « Les Beni-Fraoussen occupent une montagne des plus difficiles à aborder et des plus faciles à défendre.                          

À ce flash d’Ibn-Khaldoun, greffons ce détail qui est que le site géographique d’Ath-Fraoussen est sis en bordure du Sébaou, sur les premiers contreforts du Djurdjura.

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La ville de Mekla, en 1889, à l’état embryonnaire

Ajoutons que ce territoire représente, à vrai dire, la commune de Mekla après le découpage administratif opéré au milieu de la décennie 1980.

Quant à l’origine de cette appellation qu’est « Mekla », ceci découlerait du premier débarqué sur le site et qui ne serait qu’un certain « MEKLA ». Ce dernier aurait accaparé des parcelles pour s’installer et assurer l’installation de ses semblables.

Ledit périmètre, acquis certes de façon « illégale », serait appelé alors « Terres de Mekla » avant que ce vocable ne devienne « Mekla » tout court. Dans ce contexte, il y a tout lieu de mettre en évidence ce fait que Mekla (patelin) fut une agglomération peuplée de colons européens en général et français en particulier. Selon une source bien imprégnée de la chose, ces colons seraient affectés, au fur et à mesure, à partir de Dellys (port de faible envergure et aire d’accueil des colons à envoyer de part et d’autre), site qui, d’après la même source, aurait été un poste de commandement chargé de gérer les affaires propres à une portion du nord du pays. 

La tribu d’Ath-Fraoussen, donc Mekla, est située à 27 kilomètres à l’est du chef-lieu de la wilaya de Tizi-Ouzou. C’est un territoire d’une superficie de 64 km2, limité par Freha au nord, Azazga, Souama et Aït-Khellili à l’est, Aït-Yahia au sud et, enfin, Aït-Agouacha, Aït-Oumalou et Tizi-Rached à l’ouest. 

Cette même tribu qui, comme bien dit plus haut, forme la commune de Mekla, compte vingt-trois villages en son sein. Des hameaux existent également  ici et là sur le territoire. Le dernier recensement, donc celui opéré au milieu du premier semestre de l’année 2008, lui donne une population de 24.830 habitants (contre 25.478 en 1998, soit un écart de 648, en régression) dont 4.428 à Mekla-Centre, chef-lieu de commune, (contre 3.836 en 1998, soit un écart de 592, en progression) et 6.566 à Djemâa-Saharidj (contre 7.248 en 1998, soit un écart de 682, en régression). Précisons que Djemâa-Saharidj est le village le plus peuplé d’Ath-Fraoussen. Ajoutons à cela que même du point de vue superficie, l’étendue de l’antique Bida Municipium est nettement plus importante que celle des autres patelins de la contrée. 

La localité de Mekla, ou Ath-Fraoussen, au relief montagneux et accidenté, n’offre quasiment la possibilité pour le travail de la terre qu’à Chaouffa, une immense plaine au sud de l’oued Sébaou, qui s’étale tel un tapis vert de la frontière est à la frontière ouest de la commune. Les quelques autres terres arables se situent en contre-haut de l’oued Rabta, sur le prolongement de sa rive est.

Concernant le secteur industriel, Mekla, ou la tribu d’Ath-Fraoussen, ne compte que quelques entreprises privées dont celles de textile et autre cuir. Pour ce qui est de l’artisanat, le meuble sculpté et la vannerie fine de Djemâa-Saharidj ainsi que la grosse vannerie de quelques villages sis en contre-haut de Mesloub, constituent les principales activités du secteur pendant que le tissage de tentures et burnous s’estompe avec cette relève qui, progressivement, fait défaut.

img0042-150x100 Découverte d'un milieu /// dans SITES

Marché de Mekla, avant la Seconde Guerre mondiale

La tribu d’Ath-Fraoussen dispose de deux polycliniques, l’une à Djemâa-Saharidj, depuis 1988, succédant au dispensaire hérité des Sœurs blanches, l’autre à Mekla-Centre, depuis peu, succédant au centre de santé qui existait auparavant. Sur la périphérie, il existe deux unités de soins dont une à Taourirt-Adène et une autre à Tizi n Terga. 

Dans le secteur de l’éducation, la tribu d’Ath-Fraoussen, ou commune de Mekla, compte quinze écoles primaires dont deux à Mekla-Centre et deux à Djemâa-Saharidj et les onze autres réparties entre les vingt-et-un villages restants ; concernant le cycle moyen, quatre collèges existent dont un à Mekla-Centre, un autre à Tizi n Terga et deux à Djemâa-Saharidj ;  pour ce qui est de l’enseignement secondaire, enfin, la tribu d’Ath-Fraoussen dispose d’un technicum à Mekla-Centre et de deux lycées à Djemâa-Saharidj.

En ce qui concerne la formation professionnelle, le centre qui existait depuis le début des années 1950 (certaines sources disent que c’est peu après la Seconde Guerre mondiale), ouvert par les Pères blancs, dans l’enceinte même de la propriété qui était la leur à Djemâa-Saharidj, fut rattaché au CFPA de Oued-Aïssi (établissement situé à une vingtaine de kilomètres à l’ouest de Djemâa-Saharidj et à la moitié de ce trajet à l’est de la capitale du Djurdjura) au milieu de la décennie 1970, avec le départ de ces religieux ; il connut, enfin, l’autonomie à l’orée des années 1980. Ajoutons à cela que, de nos jours, avec les techniques nouvelles de ce monde qui avance à pas de géant, donc ces spécialités modernes qui s’imposent au secteur, la tâche devient difficile pour les gestionnaires de cet établissement qui, avec la vétusté et l’exiguïté de l’infrastructure, trouvent du mal à concrétiser certains projets qui, pourtant, s’avèrent inéluctables.

À propos des infrastructures sportives, soulignons que, sur un plan d’ensemble, seul le stade municipal, butin de la guerre pour davantage de précision, permet à la masse juvénile de se défouler puisque d’aires de jeux mieux vaut taire ces rares étendues conjoncturelles, aménagées à la hâte pour combler quelque peu un vide flagrant qui s’est déclaré en la matière ; elles ont donc été réalisées de façon bâclée et, par conséquent, n’offrant guère les commodités attendues d’où s’avérant, pour ainsi dire, inadéquates quant à ce qui touche à la pratique du sport. S’agissant du mini-complexe sportif de proximité, enfin, on a beau regarder de part et d’autre mais rien ne vient, hélas, crever les yeux.

Par ailleurs, deux maisons de jeunes existent : l’une à Mekla-Centre, construite au milieu de la décennie 1970, succédant au FAJ (Foyer d’animation de la jeunesse), puis démolie dix années plus tard pour qu’elle soit reconstruite avec une autre architecture ; elle n’a rouvert ses portes au public juvénile qu’en 1995. L’autre à Djemâa-Saharidj, construite à l’orée des années 1980 (ouverte en 1986 ; précisons qu’au départ le projet consistait en un centre culturel) à l’extrémité nord-est de ce vaste patelin et presque jetée dans l’oued puisqu’implantée à quelques dizaines de mètre à peine en contre-haut du ravin Bouhlou. Ce qui signifie amplement : éloigner au grand maximum la culture « honnie » au point de la rendre, dans le cas présent, voisine du fief de ces amphibiens que sont les grenouilles et les crapauds pour que leurs coassements délétères s’intègrent aux fabuleuses mélodies et faussent toutes ces partitions qui font rêver et offrent la joie de vivre à cette jeunesse qu’on ne cesse, malheureusement, d’écœurer voire de… déraciner.

Pour ce qui est de la culture, d’autant que le thème vient d’être abordé en partie avec l’évocation de ces maisons de jeunes, il faut mettre en exergue ici que c’est le parent pauvre dans la localité depuis bientôt cinquante ans : pas de comité communal des fêtes, ce d’une part ; pas de centre culturel ni de salle de spectacles, ce d’autre part… Pis encore : même la salle des fêtes, héritée pourtant du dernier colonisateur tout comme le stade municipal, fut offerte sur un plateau d’or à l’ex-Sn Sempac (Société nationale, chargée de l’exploitation des minoteries et de la commercialisation de produits céréaliers) dans les premières années de la décennie 1980, par le bloc « indissoluble » et « coriace« , formé du maire et du chef de la kasma du parti unique, pour que ladite entité économique transforme l’espace de divertissements en… fabrique de couscous et l’exploite, certes, à son profit et aux frais de la princesse pendant que les masses populaires que le parti-État faisait rêver de bien-être, sont carrément et sciemment privées de cet autre avantage offrant la joie de vivre. Aussi, c’est le vide criant et le silence absolu tout au long de l’année y compris le mois sacré et ce jusqu’à nos jours malheureusement ! La culture est-elle renvoyée aux calendes grecques dans cette localité, compte tenu d’un tel constat alarmant ? Il faut avouer qu’avec la situation décrite et laquelle prévaut depuis un demi-siècle, tout porte à le croire !

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Esplanade de la mairie de Mekla, avant la Seconde Guerre mondiale (les filles Alphand sur la plate-forme)

Nous disions plus haut que Mekla-Centre était une agglomération peuplée de colons européens en général et français en particulier. Conséquemment à cela, était érigée une église, un édifice implanté en plein cœur de cette petite ville coquette (qu’elle fut à l’époque) qui n’était, dans le temps, que Ldjemâa n wadda (signifiant Djemâa du bas, comparativement à Ldjemâa oufella qui veut dire Djemâa du haut et qui n’est autre que Djemâa-Saharidj) ou encore Lbiladj (découlant du mot français : village), vocable qui était d’ailleurs le plus usité dans le temps. Vers le milieu des années 1990, cet édifice religieux non musulman fut annexé à la mosquée qui lui est attenante pour ne pas dire carrément faisant mur à mur l’une et l’autre (cette mosquée fut érigée dans la deuxième moitié des années 1950, par le sénateur-maire, qui voulut qu’elle soit voisine voire étroitement liée à l’église, façon de rapprocher autant que possible les deux confessions ; comprendre par là, certes, une philosophie qui a pour sens d’harmoniser les communautés musulmane et chrétienne), après qu’il eut servi pendant quelque deux décennies d’aire de stockage de matériaux de construction et autre outillage au profit de la municipalité. Depuis, ne subsiste par conséquent nulle trace de cette église.

Comble de la bêtise ! Pourquoi ne pas avoir gardé l’édifice et s’en servir tel quel pour en faire un musée par exemple où seraient non pas seulement exposés mais surtout sauvegardés les reste de l’antique Bida Municipium ou, à tout le moins, utiliser l’espace pour en faire une bibliothèque municipale qui serait dotée de salle(s) de lecture ? On aurait pu faire deux coups d’une seule pierre : utiliser l’espace dans un cadre culturel (une particularité faisant défaut justement et… malheureusement) et gagner l’édifice dans son état initial et intégral, afin qu’il puisse jouer le rôle de vestige sur ce qui est lié à la colonisation française. Mais voilà qu’en fin de compte on se heurte hélas à cette constatation amère, exposant au grand jour ce zèle ayant pesé excessivement sur les responsables qui se sont succédés à la tête de la commune de Mekla jusqu’au 5 Octobre 1988, date historique ayant été à l’origine du multipartisme en Algérie… Excès de zèle qui fait certes que cette autorité locale prive incontestablement les générations futures d’une preuve irréfutable sur l’occupation de leur localité par des colons français.

Dans cet ordre d’idées, il faut bien mettre en évidence, justement, le fait qu’à Ath-Fraoussen il y a, ne cachons pas le soleil avec un tamis, des gens hostiles à tout ce qui a trait à l’archéologie. De l’ère coloniale française, ces super-citoyens déclarent sans vergogne, à qui veut bien leur tendre l’oreille, ne désirer voir même pas la moindre trace. Dans une conjoncture telle que celle qui se présente, le souhait le plus fort serait que l’histoire relative à la guerre d’indépendance (1954 -1962), avec sa somme de faits troublants, empreints à jamais dans la mémoire de moult modestes citoyens et de tant de malheureux mutilés, se métamorphosent juste le temps de faire subir un test à ces gens qui prétendent publiquement avoir horreur des Français ; donc, que tous ces évènements marquants, leurs séquelles, leurs stigmates… se transforment en de l’énergie électrique et aillent se décharger sur ces énergumènes pour que l’on dévoile si vraiment ce qu’ils avancent est fondé. Sursauteraient-ils lorsqu’ils seraient foudroyés par toute cette charge de douleurs régulières qu’endurent leurs concitoyens sérieusement touchés intérieurement de même que meurtris dans leur chair ? À coup sûr c’est non car ils ne font que jouer la comédie ! Usant d’une manière astucieuse, de subterfuge, pour faire soi-disant montre de haine envers la France alors que réellement il n’en est absolument rien puisque, dans les coulisses, ils ne ménagent pas une seule occasion, infime soit-elle, ni aucun effort non plus, pour qu’ils soutirent le moindre avantage de cet ancien colonisateur qu’ils font semblant de mépriser, quitte à ce qu’ils lui fassent la flagornerie jour après jour puisque l’essentiel pour eux étant qu’il leur tende la main et leur accorde la possibilité de fouler son sol afin qu’ils y vivent côte-à-côte, en bon voisinage et dans un climat d’entente ne présentant même pas l’ombre d’une faille.

Après ce gâchis qui en est un où, hormis les mis en cause et des complices hypothétiques, nul n’est susceptible de contester une réalité aussi flagrante, il ne reste alors que d’espérer voire souhaiter qu’après ladite église évaporée en peu de temps, un projet né dans le bureau d’études desdits comédiens et lequel ne suscite qu’un vif sentiment de dégoût, a vu sa concrétisation avoir lieu grâce au bon vouloir et à la décision irrévocable que ces mêmes acteurs loufoques, engendrant ainsi et inévitablement un manque à gagner sur trois plans au moins, les guérites implantées aux deux angles opposés de l’ex-SAS, à Mekla-Centre, de même que le cimetière chrétien, ne connaissant point le même sort macabre.

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